Johnny et les amphétamines

Johnny vit une enfance pénible. Travailler durement dans les champs de coton dès l’âge de quatre ans ne l’empêche d’éprouver un ennui profond face aux vastes paysages déprimants de l’Arkansas. C’est à l’âge de douze ans qu’il vit le premier et plus grand traumatisme de sa vie : son frère ainé succombe après avoir été quasiment coupé en deux par une scie circulaire. Bien que décrit comme un homme de péché et un véritable fainéant, Johnny se refuse à sombrer dans la dépression et l’ennui. Il commence à vadrouiller de ci de là et finit par préférer s’engager dans l’armée plutôt que de croupir dans sa campagne profonde.

Sa première rencontre avec les amphétamines a lieu en 1957. Dès la première pilule de benzédrine, il adore ça. L’énergie intense qu’il a déployé jusque là pour lutter contre l’ennui n’est plus nécessaire. Les pilules lui procurent l’exaltation psychique qu’il recherche, suppriment la sensation de fatigue, boostent littéralement sa confiance et ses capacités intellectuelles. Son appétence pour le produit devient rapidement incontrôlable. A peine un an plus tard, il en gobe des quantités astronomiques. La dissipation des effets d’une pilule est vécue de façon insupportable si bien que parallèlement à l’augmentation de sa consommation, il se met à utiliser les barbituriques et l’alcool pour gérer la descente.

Les signes d’intoxication chronique apparaissent. Mouvements anormaux et stéréotypés, irritabilité, nervosité, suspicion, instabilité de l’humeur et angoisse deviennent source de souffrance pour son entourage (notamment pour sa fille Rosanne) duquel il finit par se séparer.Johnny atterrit alors dans une garçonnière qu’il partage avec le chanteur country Waylon, lui aussi adepte des pilules. La descente aux enfers se poursuit avec l’apparition et le développement d’une authentique psychose amphétaminique. En proie à d’angoissantes hallucinations cénesthésiques, il sent des choses vivantes se tortiller sous sa peau, et se gratte souvent jusqu’au sang. Les consommateurs qui l’entourent ne ressentent pas les mêmes symptômes pour la simple et bonne raison que personne n’avale autant de pilules que lui. Son camarade de chambrée reste impuissant et l’observe fréquemment planter avec fureur un énorme couteau dans le mur à toute heure du jour et de la nuit. Il sombre progressivement dans un délire de persécution angoissant, renforçant alors le sentiment d’insécurité de son entourage.

Johnny est par la suite incarcéré brièvement à sept reprises. Il est retrouvé nu dans le Nevada au volant de sa voiture dans un état confuso-délirant, puis récupéré dans le Mississippi en train de cueillir des pâquerettes chez un riverain à deux heures du matin. Il parvient seul quelques jours plus tard à incendier une vaste forêt puis est arrêté à l’aéroport d’El Paso en possession d’un millier de comprimés en 1965. Il précipite en 1967 dans la mer deux voitures de la falaise voisine de sa résidence du Tennessee. Plus tard, en plein concert, en proie à de violentes hallucinations, il croit entendre des voix qui l’injurient et démolit un à un soixante projecteurs avec son pied de micro avant de se briser deux os du visage en emplafonnant sa voiture dans un arbre.

Si Johnny finit par s’en sortir, c’est certainement en partie grâce à sa future femme June dont il est fou amoureux et à laquelle il survivra. Il l’épouse en 1967 et arrête définitivement les pilules trois ans plus tard. Comme de nombreux toxicomanes, Johnny se servira de la religion comme un traitement de substitution avant que des ennuis de santé ne le fassent à nouveau replonger dans les années 80.

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