À travers la bouteille et la seringue de Dave

L’enfance de Dave est soumise à l’instabilité de son père et aux nombreux déménagements qui en découlent. Ainsi, dans l’incapacité de se constituer un réseau social solide et stable, le jeune Dave ne bénéficie pas de ce miroir indispensable que constitue l’autre. Peu incité à se remettre en question et naturellement peu tenté par l’autocritique, il développe durant son adolescence un orgueil démesuré accompagné d’une arrogance qui deviendra célèbre. Parallèlement à l’hypertrophie de son égo, Dave est un homme méfiant. L’autre est instinctivement considéré comme un adversaire potentiel voire une possible menace, impliquant de rester sur ses gardes en permanence. Bannissant progressivement la confiance au profit du soupçon, il se retrouve ainsi seul face au monde entier, à peine sorti de l’adolescence. A l’instar des nombreux paranoïaques peuplant la planète, Dave n’est bien sur pas conscient du caractère dysfonctionnel de son système de croyances. Mais il trouve pourtant déjà un remède qui semble pouvoir atténuer ses difficultés. L’alcool réduit effectivement sa vigilance exacerbée, ce qui, ajouté à ses propriétés désinhibitrices, facilite grandement ses contacts sociaux. Mais si l’alcool sait mettre en valeur nos qualités, l’alcool n’oublie jamais de faire tôt ou tard ressurgir nos vieux démons…

L’éviction du groupe des quatre cavaliers est, plus qu’un évènement capital, le traumatisme majeur de sa vie. Un traumatisme qui le renforce plus que jamais dans ses croyances pathologiques. Ce qu’il considère inconsciemment et à tort comme une famille d’adoption lui permet de libérer le peu de confiance envers autrui dont il dispose. Toujours incapable de la moindre remise en question concernant son comportement sous l’emprise de l’alcool ou sa personnalité ingérable, il vit ceci non seulement comme un rejet mais surtout comme une gigantesque trahison. Il ne s’en remettra jamais.

Faites confiance aux autres et ils finiront toujours par vous trahir. Voilà une des croyances principales du paranoïaque. La vie de Dave est désormais gouvernée par la rancune et la colère. Il consacre ainsi toute son énergie à réparer ce qu’il considère comme une gigantesque injustice, persuadé qu’il atteindra la sérénité par la vengeance, en surpassant ses ennemis jurés : les quatre cavaliers. C’est alors qu’il s’inspire sans le savoir des plus célèbres moustachus paranoïaques du siècle dernier. Il constitue et gère en effet son groupe revanchard selon un modèle purement dictatorial, persuadé qu’une maitrise totale lui épargnera les préjudices et trahisons du passé. Bien aidé par la bouteille à laquelle s’ajoute la seringue, ses soupçons permanents évoluent parfois vers d’authentiques revendications et idées délirantes de persécution. Il reste difficile de cerner leur part de réalité, un délire paranoïaque se greffant souvent sur un embryon de réalité, mais l’argument de fréquence est éloquent. Il exclue ainsi rapidement son guitariste Chris ainsi que son complice présumé Gar, soupçonnés d’avoir revendu le matériel du groupe pour s’acheter leur drogue (il en témoigne de façon troublante sur une chanson qu’il nomme « Menteur » : « Liar »). Les deux successeurs, Chuck et Jeff sont également virés, Dave accusant le second d’avoir des vues sur sa petite amie.

La relative stabilité de la formation ultérieure coïncide avec les suites d’un programme de réhabilitation durant lequel Dave est amené à réduire drastiquement ses consommations. Cette accalmie dure quelques années, lui permettant de tutoyer des sommets de popularité. Mais les quatre cavaliers font malheureusement toujours la course en tête ce qui ne manque pas de le replonger dans les toxiques et ses craintes pathologiques. Acculé par les membres de son groupe réclamant désormais légitimement l’adoucissement de son régime dictatorial, Davecraque une nouvelle fois et exclue son batteur Nick, alors que ce dernier est hospitalisé. Le bassiste, un autre Dave, survit étonnamment depuis les débuts du groupe. Sa discrétion, sa modestie et son caractère malléable semblent ne pas trop stimuler la méfiance de son leader. Ceci jusqu’au jour où après presque dix ans de bons et loyaux services, le bassiste manifeste l’envie de jouer ses chansons au sein du groupe. C’en est trop pour l’impitoyable Dave qui, prétextant une blessure au demeurant réelle (le nerf radial de sa main gauche), en profite pour dissoudre purement et simplement la formation.

S’il parvient à garder un certain contrôle sur son groupe, le monde extérieur représente toujours pour Dave une menace permanente, à commencer par les formations rivales avec qui la cohabitation durant les tournées s’avère souvent conflictuelle. Incapable de gérer ses soupçons et d’accepter la moindre critique, il se lance systématiquement dans la contre-attaque. Il garde avant tout une haine féroce envers les quatre cavaliers. Ces derniers le créditent pourtant lors de l’inclusion de certaines de ses compositions sur les albums suivant son éviction. Mais Dave perçoit d’autres de ses créations dans la musique de ses rivaux. Il hurle au plagiat et accuse son remplaçant Kirk d’utiliser ses plans dans la plupart de ses soli. Plus tard, lorsque Lars lui reproche un manque de prise de risque, Dave n’hésite pas à nommer un de ces albums en rapport (Risk). Incapable de digérer l’insatisfaction du public face à ce disque, il justifie publiquement cet échec par les aspirations trop commerciales de son guitariste Marty qui ne tarde pas à annoncer son départ. A la meme période, une tentative de réconciliation à travers un docu-réalité sur les quatre cavaliers se révèle vaine, Dave prétextant que le montage final le fait passer pour le méchant.

De nombreux conflits se produisent avec d’autres musiciens. Kerry est l’un des premiers guitaristes de Dave mais décide finalement de rester au sein de sa première formation. Dave, à nouveau dans une grande colère, ne peut expliquer ce rejet autrement que par une trahison. Les deux hommes échangeront des flots d’insultes pendant plusieurs années : « Kerry préfère rester dans son groupe de poseurs maquillés », « Dave est un suceur de bite, tout le monde le déteste » etc. Du fait de sa personnalité, Dave est effectivement détesté par une frange non négligeable de ses rivaux, dont un certain Phil qui un jour, excédé, finit par hurler au public qu’il emmerde Dave quelques minutes avant l’entrée sur scène de ce dernier. Dave s’explique par la suite en prétextant qu’il sent que sa musique a été une nouvelle fois plagiée, qu’il ne nommera pas le groupe en question pour ne pas lui faire de promotion, mais qu’il s’agirait du mot panthère en espagnol ou en portugais. Quelques temps plus tard, le chanteur d’un groupe aux tendances suicidaires accuse Dave de lui voler la vedette et le provoque en duel les poings levés tout en l’attaquant sur ses problèmes de boisson. Mais Dave reste de marbre face à ces intimidations, probablement valorisé par cette brève marque d’intérêt. Certains diront que cette maitrise est due à sa ceinture noire de Tae Kwon Do et à la sagesse qui en découle. Mais il n’oubliera et ne pardonnera durant sa vie aucun affront, qu’il soit réel, interprété ou simplement imaginé.

Notre héros semble avoir aujourd’hui remis sa vie entre les mains d’une sorte de gourou, un conseiller spirituel sensé l’écarter de ses vieux démons. Exploitant sa faiblesse pour la religion, cette personne semble avoir obtenu sa confiance. Mais pour combien de temps?

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