Argent – Nexus (1974)

Depuis les débuts de leur collaboration, Rod Argent et Russ Ballard jouent ensemble mais composent toujours séparément. Le groupe est ainsi régulièrement tiraillé d’un coté par les mélodies délicates et recherchées d’Argent, de l’autre par les élans plus directs et musclés de Ballard. Faire chambre à part pour un couple n’est que rarement de bonne augure, et il ne fait aucun doute qu’une mise en commun de ces deux grands talents créatifs aurait pu fournir au collectif un succès autrement plus important. Au stade de Nexus (1974), l’évolution de ce double individualisme vers un divorce semble irréversible. Chacun des deux hommes se cramponne à ses positions au point de provoquer une certaine dégénérescence de la musique du groupe.

Après un In Deep (1973) ouvert par trois titres arena rock de Russ BallardRod Argent lui rend la pareille sur Nexus (1974) avec trois pièces instrumentales complexes. Si le claviériste a toujours quelque peu poussé son groupe vers le rock progressif, le glissement opéré sur Nexus parait bien trop forcé, d’autant plus qu’il préfère aller chercher ses idées chez Yes et Genesis plutôt que de puiser dans son inspiration. Ces trois titres ainsi que l’interminable « Music of the Spheres » conduisent ainsi l’auditeur vers un progressisme de seconde zone qui cache derrière sa façade expérimentale de nombreux égarements austères et bien trop chargés en soli. Là où les exercices du genre proposés auparavant conservaient la signature gracieuse de leur créateur, ceux-ci ne s’individualisent que par leur froideur démonstrative. Les hymnes de Russ Ballard sombrent également dans la caricature, voire le sabotage. « Thunder and Lightning » est aussi mégalomaniaque que nigaud et fait l’effet d’un médiocre générique de dessin animé. « Gonna Meet My Maker » repousse quant à lui les limites de la niaiserie, qu’elle soit musicale ou parolière (« Gonna meet my Maker/Then ask the question why/Why some are left alone/And why the innocent die »).

Peut-être par provocation, chacun des deux duellistes envahit le territoire de l’autre le temps d’un titre. Les deux échantillons ainsi créés demeurent étrangement les deux seules réussites de ce disque. Ballard tutoie un instant le talent d’Argent pour les harmonies jazzy et les arrangements vocaux baroques sur le sublime « Love », dont la beauté et le romantisme ne peuvent qu’émouvoir profondément. Argent propose quant à lui « Keeper of the Flame », un hymne hard rock parmi les plus poignants et triomphants du groupe. Le divorce attendu sera finalement prononcé après cet album décevant. Ballard quitte Argent pour se lancer dans une carrière solo qui se révèlera tout aussi décevante.

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